Du lisible au visible

« Biomimétisme & Architecture » de Michael Pawlyn

Alizée Cugney | 27 mars 2020

Introduction

L’édition originale anglaise (2011) de Biomimétisme & Architecture a été enrichie, dans cette traduction française, d’une préface du biologiste Gilles Bœuf, d’un avant-propos de l’ancienne navigatrice Dame Ellen MacArthur, et de chapitres complémentaires, notamment un guide pratique à destination des architectes.

L’auteur, Michael Pawlyn, avant de fonder en 2007, l’agence londonienne « Exploration Architecture », travailla 10 ans dans le cabinet Grimshaw où il conduisit le fameux projet Eden (Cornwall, Royaume-Uni) dont il détaille, dans le livre, la conception biomimétique des serres botaniques. Ce projet s’inspire de bulles de savon afin de s’adapter à la topographie du site, et de molécules de carbone afin d’obtenir une structure qui « pèse moins lourd que l’air qu’elle contient ».

Ce livre passionnant présente aussi bien des données biologiques et naturelles que des exemples architecturaux avec de très nombreuses illustrations à l’appui. Depuis 3,5 milliards d’années, la nature se transforme, s’adapte, évolue en créations plus étonnantes et fantastiques les unes que les autres. Le biomimétisme propose alors d’observer ces mécanismes naturels, de s’en inspirer et offre des solutions plus efficientes et écologiques aux architectes et autres designers.

« Biomimétisme & Architecture » de Michael Pawlyn

De chapitre en chapitre, nous découvrons comment bâtir de manière biomimétique, d’un point de vue structurel, thermique, énergétique et écosystémique.

Les transpositions structurelles de la nature à l’architecture (vernaculaire ou high tech) sont particulièrement évidentes et abondantes. Ainsi, l’architecte Pier Luigi Nervi a pu s’inspirer pour son Palazzetto dello Sport (Rome) de la feuille de Nénuphar géant ou Victoria Amazonica que l’on retrouve sur la couverture. En observant cette feuille aux rayons X ou en observant directement la surface immergée, nous pouvons apercevoir un réseau dense de nervures plus ou moins profondes selon l’éloignement de la tige centrale. La feuille est alors en surface très résistante et très fine, comme la coupole de Nervi.

On découvre la gestion de l’eau grâce aux animaux du désert qui collectent l’eau par capillarité comme le diable cornu, ou par gravité, comme le ténébrion du désert, qui a inspiré la Seawater Greenhouse (Oman). On apprend la régulation thermique des bâtiments via les termitières en terre crue dotées d’une ventilation naturelle très efficace qui ont influencé Mick Pearce pour le Eastgate Centre (Zimbabwe). Mais pourquoi avoir adopté la ventilation naturelle sans construire le bâtiment en terre crue ?

Ce chapitre sur la régulation thermique expose des exemples innovants et high-tech mais n’aborde pas la terre crue, matériau utilisé depuis 11000 ans, aux excellentes propriétés de régulation hygrométrique et thermique. Les cases des Mousgoums au Cameroun sont par exemple une belle démonstration d’architecture vernaculaire en terre crue, avec une ingénieuse gestion de l’eau de pluie, déviée et ralentie grâce aux reliefs de surface extérieure.

De la même manière, la fabrication de nouveaux matériaux high-tech nécessite l’assemblage de molécules et demande parfois beaucoup de transformations. Il aurait été intéressant dans cette partie en particulier, et dans le livre en général, d’avoir davantage d’exemples d’architectures vernaculaires et contemporaines construites avec des matières naturelles comme la fibre, la terre, la pierre, qui sont locales, ré-employables, biodégradables, et surprenantes! Elles permettent par ailleurs de conserver ou créer des circuits courts et de générer de l’emploi.

Ce livre nous montre que le biomimétisme n’offre pas seulement des solutions techniques mais propose également de retrouver une pensée écosystémique où les liens entre chaque élément forment une boucle fermée ne produisant pas de déchet. Il énonce aussi ce principe fondamental trouvé dans la nature et nécessaire à notre évolution : la résilience.

Michael Pawlyn souhaite que le biomimétisme nous apprenne « à vivre en harmonie avec la biosphère ». En apprenant à mieux observer et comprendre la nature, peut-être arriverons-nous à mieux la respecter et à mieux nous y intégrer.

Michael Pawlyn, Biomimétisme & Architecture, traduit de l’anglais par Elisabeth Lefer et Bruno Lhoste, Préface de Gilles Bœuf, Avant-propos de Dame Ellen MacArthur, « Biomimétisme », Rue de l’Échiquier, 2019, 232 pages, 26 euros.