Dans le miroir du passé

Les Villes et la Nature

Hugo Conwentz | 13 novembre 2021

Introduction

1913, le premier Congrès International des Villes se tient à Gand en Belgique. La première personne à prendre la parole est le botaniste et conservateur des monuments naturels de la Prusse, Hugo Conwentz (1855-1922). Il prononce une conférence admirable dont la pertinence et la résonnance est encore aujourd’hui tout simplement remarquable. Non, nous n’exagérons pas. Il y a un peu plus d’un siècle, Hugo Conwentz pointe la nécessité pour les villes de conserver des forêts communales, de créer des parcs urbains, de sauver des monuments naturels. Il cite ces villes nombreuses qui ont constitué et préserver des forêts urbaines de plusieurs milliers d’hectares ! Il appelle à prendre soin et à jouir de la Nature, à l’étudier et à la contempler dès le plus jeune âge. Il invite chaque ville à avoir son jardin botanique, chaque école son jardin scolaire, chaque classe ses excursions instructives. Alors que notre époque redéfinit les relations ville-nature et école-nature aux cris de « forêts urbaines », « cours oasis », « école du dehors », (re)lisons Hugo Conwentz.

À mesure que nos villes grandissent, que le commerce et l'industrie s'étendent et que la culture agricole et forestière gagne en intensité, la nature spontanée se perd de plus en plus. Il en résulte la tâche des communes de planter d'abord dans leur banlieue, pour compenser, des gazons, des allées d'arbres et des parcs. Il y a des villes (par exemple Berlin, Düsseldorf, Londres), où ces espaces verts sont heureusement déjà assez grands. Celles qui prennent spécialement à cœur la parure verte de la nature ont installé des systèmes particuliers pour arroser et aérer les racines des arbres.

Cependant, les plantations artificielles seules ne peuvent pas suffire à la longue. Ruskin dit : « Quand on aura appris l'art de vivre, on trouvera que les choses aimables aussi sont nécessaires, la fleur sauvage au bord du sentier autant que le blé cultivé et les oiseaux sauvages, les bêtes de la forêt autant que les animaux domestiques soignés... » Ainsi donc, il est nécessaire de sauver et de réserver hors de la ville, dans les environs plus ou moins proches, encore quelques parties du paysage naturel, où les citadins peuvent trouver leur récréation loin du fracas de la grande ville.

Forêts communales

Maintes villes se sont assurées depuis longtemps, de la propriété d'une forêt souvent très grande : par exemple Eberswalde, de 1 491 hectares ; Elbing, de 1 680 ; Deutsch Krone, de 2 418 ; Lübeck, de 3 090 ; Thorn, de 4 667 ; Francfort sur l'Oder, de 5 992 ; Bunzlau, de 9 475 ; Görlitz, de 33 133 hectares. Parfois, on a spécialement décidé que la forêt communale doit être conservée dans son état naturel sans être déshonorée par des coupes à blanc-estoc ou par des plantations. Autrefois, il arrivait quelquefois qu'on faisait de grandes coupes dans les forêts communales, soit pour avoir du terrain à bâtir, soit pour gagner de l'argent. Dans ce but, a été faite, il y a environ quarante ans, une grande coupe dans la forêt communale de Heidelberg, en dessus du château. Quoi qu'on ait bientôt commencé à reboiser l'espace nu, le vide n'est pas encore rempli : quand on se trouve sur le pont du Neckar ou que l'on suit la promenade des philosophes, le regard tombe toujours sur ce trou dans la nature, qui se voit aussi sur toutes les photographies et sur les cartes postales illustrées. L'admirable panorama de Heidelberg est sans doute déshonoré par cette coupe et il est heureux que cette ville ait pris la résolution de n'en plus laisser faire ni pour le moment ni pour l'avenir. Les villes, en général, devraient avoir soin que dans leurs forêts près des promenades et des points de vue recherchés, on éclaircisse seulement le bois pour conserver la beauté de la forêt autant que possible. De même, il est à souhaiter que les villes créent des réserves petites ou grandes, à la jouissance des habitants, pour les études et l'enseignement. Danzig a soustrait à toute utilisation un terrain marécageux remarquable avec un petit lac, et Francfort-sur-le-Main a réservé une partie de la forêt de 28 hectares, principalement pour les études des professeurs et élèves.

« Il est à souhaiter que les villes créent des réserves petites ou grandes, à la jouissance des habitants, pour les études et l'enseignement. »

Monuments naturels

De plus, les villes ont généralement la tâche de sauver et de défendre aussi pour l'avenir contre toute exploitation, les monuments naturels qui leur appartiennent et qui donnent souvent au paysage sa caractéristique. Ainsi, les conseils municipaux et communaux de quelques villes prirent la résolution de conserver des blocs erratiques en leur possession. Wernigerode protège les rochers de granit à l'est du Harz, qui appartiennent à la ville. Dërenburg défend le Tyrstein, rocher abrupt de grès sénonien. Aussig-sur-l'Elbe fit cesser l'exploitation de la carrière au pied du Workotsch, qui est un haut rocher basaltique, dont les colonnes sont disposées radicalement, et ainsi de suite. Hameln, Münstereifel et d'autres villes ont pris sous leur protection les houx dans leurs forêts ; La Haye a défendu de cueillir les anémones dans ses bois ; Wunsiedel, dans le Fichtelgebirge, protège un rocher sur lequel se trouve la Schistostega, plante rare, et Nuremberg sauvegarde une sous-espèce rare du nymphéa dans un marais communal. Il faut rendre grâce aux communes qui ne protègent pas seulement les monuments remarquables qu'elles possèdent, mais qui achètent d'autres monuments naturels pour les sauvegarder. Frauenstein, dans l'Erzgebirge, acquit les rochers de quartz dans le bassin du Gneis, avec le soi-disant « pot à beurre ». Loevenberg, en Silésie, acheta la « chambrette virginale », groupe remarquable de pierres de taille. Karlsruhe, en Bade, acheta les chênes de Beiertheim, qu'on voulait abattre, pour les conserver aux peintres. Un faubourg de Glasgow acquit un sol forestier de la formation houillère, qu'on avait découvert, pour le protéger comme monument naturel. Surtout les villes qui ne possèdent pas encore de forêt devraient tacher d'en obtenir une ; car les forêts communales, plutôt que les parcs et les gazons au centre d'une ville, sont les poumons proprement dits de la commune, qui sauraient économiser bien des hôpitaux. Les habitants d'Elberfeld gagnèrent, par une collecte, 20 000 marcs pour l'achat d'une forêt. La ville de Barmen accorda près de 400 000 marcs pour l'acquisition d'un terrain de forêt et de prairie de 55 hectares ; Kottbus acheta à l'occasion des noces d'argent du Couple impérial, en 1906, une forêt de pins de 71 hectares ; les Altenbourgeois créèrent à l'occasion de la cinquantaine du règne de feu leur Régent, en 1903, la forêt du Duc Ernest ; Dresde acheta, en 1898, à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire du règne du Roi Albert, 117 hectares du bois près de Dresde, pour le conserver. Munich acquit, avec l'aide de la Société de l'Isar, moyennant 50 000 marcs, un petit bois sur les bords de l'Isar, qui fut menacé par la construction projetée d'une usine. Vienne accorda 40 millions de marcs pour s'assurer d'une ceinture de forêts et de prairies de 4 400 hectares.

« Les forêts communales, plutôt que les parcs et les gazons au centre d'une ville, sont les poumons proprement dits de la commune. »

L'administration des forêts en Prusse fait de grandes avances aux villes en leur donnant des forêts fiscales à prix réduit, à la condition que la forêt reste inaltérée et que l'on ne la transforme pas en terrain à bâtir. Sous ces conditions ont acheté de l'État : Kiel, 48 hectares de forêt ; Hanovre, 103 hectares ; Charlottenburg, 104 hectares ; Düsseldorf, 295 hectares ; Berlin, pour commencer, 537 hectares, dont 125 seront conservés comme parc du peuple.

Conservation de la Nature

Les grandes villes reconnaissent de plus en plus la nécessité de conserver pour leurs habitants l'aspect originel du paysage et les raretés de la nature non seulement dans leur proche voisinage, mais aussi dans les environs un peu éloignés. Brême et Hambourg subventionnèrent ainsi les efforts pour créer un parc national dans les bruyères de Lunebourg. À Dresde, on s'efforce sous la direction du maire, à faire une quête d'argent pour pouvoir acheter les carrières dans la Suisse saxonne qui enlaidissent le paysage remarquable d'une manière choquante. Pour sauver une autre contrée non moins remarquable dans la province rhénane, un mouvement magnifique s'était mis en œuvre, il y a déjà quelques années. Au pied du Petersberg, on avait ouvert une carrière qui menaçait d'enlaidir l'aspect charmant du Siebengebirge. En 1886, on fonda à Bonn, une société de sauvegarde, sous la présidence du maire. Celui-ci réussit à amener l'État, les communes et toute la population rhénane à acheter la contrée menacée pour la sauver. Les villes de Cologne et de Bonn accordèrent 100 000 et 50 000 marcs et la province rhénane 200 000 marcs. La société obtint par l'État la concession de plusieurs loteries et le droit d'expropriation. Par tous ces efforts, on a réussi à protéger contre l'enlaidissement l'un des plus beaux paysages du Rhin, la couronne des sept montagnes, et à créer peu à peu une réserve de plus de 7 kilomètres à la joie des habitants de Bonn, de Cologne et de toute la province et des étrangers qui aiment à venir là en excursion. Au Parlement, le ministre disait fièrement : « Il ne peut pas y avoir de doute qu'au temps où nous vivons, où en somme le réalisme prend de tous les côtés des dimensions inquiétantes, il est de bon droit, même il faudra le reconnaître au plus haut degré, qu'on prenne des mesures avant qu'il ne soit trop tard, pour conserver les beautés idéales de la nature, dont le Rhin et ses affluents sont tellement riches. »

« Les grandes villes reconnaissent de plus en plus la nécessité de conserver pour leurs habitants l'aspect originel du paysage et les raretés de la nature. »

Londres commença, en 1877, à acheter des parties remarquables de paysage même assez éloignées, ce qui ne pouvait se faire qu'au moyen de plusieurs millions. Cette capitale acquit, par exemple, la plus belle forêt de hêtres de l'Angleterre, Burnham Beeches, éloignée de la Cité de plus de 30 kilomètres. Ensuite, elle acheta Epping Forest au nord-ouest, terrain de moraine de 2 244 hectares avec une forêt magnifique d'arbres mixtes, destinée surtout à la population ouvrière. Les bords de la Tamise, près de Londres sont aussi conservés dans leur aspect originel. Les faubourgs suivaient l'exemple de la capitale en créant des réserves plus modestes.

En général, il vaudra toujours mieux et il sera moins cher de faire ces achats de bonne heure, avant que le terrain ne soit parcellé et qu'on ne le puisse avoir qu'en petits morceaux et à prix élevé. Ce que prouve l'exemple de New-York, qui acheta, il y a près de soixante ans, 50 hectares de son parc central, pour la somme de 21 millions et qui, cinquante années plus tard, devait payer 4 hectares 22 millions.

S'il n'existe point de forêt aux environs qu'elles puissent acheter, les villes devraient, faute de mieux, créer des parcs et des plantations de bois, comme elles ont déjà souvent fait. Cologne sur le Rhin, a déjà dépensé plus de 2 millions de marcs et demi, pour planter une forêt communale de 102 hectares d'étendue, et la ville accorda récemment encore 1 million pour créer une forêt sur la rive droite du Rhin. Parfois, c'est par la générosité des habitants riches que les villes peuvent se procurer de telles promenades : la ville de Gleiwitz, par exemple, reçut d'un tel bienfaiteur 100 000 marcs pour planter un parc populaire. Il est heureux que nouvellement quelques villes placent leurs cimetières dans un bois, conservant ainsi en même temps un beau coin de la nature. On pourrait partout rendre utile les cimetières à la protection de la nature, en les changeant, aussi en ville, en bois pour les oiseaux.

Protection des oiseaux

En général, c'est la mission des villes de favoriser la protection des oiseaux, surtout parce que ces petits chanteurs disparaissent vite presque partout aux environs des villes et des stations balnéaires. Quand les oiseaux trouvent encore des endroits naturels pour faire leurs nids, on devrait protéger ces endroits autant que possible, et où il n'y en a plus, il faudrait en créer des artificiels. Souvent, en résolvant quelque question, les villes doivent acquérir du terrain en dehors de leur territoire, pour y installer des sanatoriums, des hôpitaux, des champs d’épandage, etc. Il serait facile alors de réserver de prime abord, quelques champs pour y créer des sanctuaires d'oiseaux. Pour cela, il faudrait que les jardiniers de la ville ou autres personnages puissent suivre un cours spécial à une station pour la protection des oiseaux, pour apprendre dans la pratique tout ce qui est nécessaire pour planter un tel bois. Quelques villes se sont déjà distinguées par leurs efforts pour protéger les oiseaux. Hirschberg en Silésie, consacra un bois sur le Kalvarienberg, Lübeck désigna l'île de Priwall et Hambourg l'île de Trischen, comme sanctuaire des oiseaux.

« C'est la mission des villes de favoriser la protection des oiseaux. »

Soin de la Nature

Les villes peuvent encore favoriser l'amour de la nature et le soin des monuments naturels par leurs écoles de tout genre (1). Il faudrait élever les élèves dans l'idée qu'il ne suffit pas de tenir ordre à la maison, au jardin ou sur les gazons et les squares de la ville, mais qu'il faut aussi soigner la nature libre. On devrait les habituer à ne pas laisser traîner dehors les restes du repas, par exemple papiers, boîtes, morceaux de verre, coquilles d'œufs, etc., mais à rapporter tout cela à la maison. Tant que ces mauvaises habitudes n'auront pas cessé, les administrations municipales devraient au moins faire ramasser les papiers près des sentiers les plus fréquentés. Les sociétés pour l'embellissement du pays pourraient aussi s'occuper de la chose, et toute la population leur en saurait bon gré.

« Il faudrait élever les élèves dans l'idée qu'il ne suffit pas de tenir ordre à la maison, au jardin ou sur les gazons et les squares de la ville, mais qu'il faut aussi soigner la nature libre. »

Ensuite, il faudrait défendre aux enfants et aux grandes personnes de cueillir des plantes en masse ou bien de les déraciner, comme il est aussi une mauvaise habitude d'arracher d'entières branches d'arbre fleuri, etc.

Cueillez les fleurs, mais n’en prenez pas toutes,
Elles sont le grand ornement de la route.
Laissez encore quelques-unes aux autres
Qui en sentent une joie pareille à la vôtre.
Il viendra peut-être quelqu’un qui y passe,
Le cœur triste, la marche fatiguée et lasse,
Qui vite oubliera sa fatigue et ses pleurs
En trouvant sous ses pieds encore une petite fleur.
(d'après J. Trojan)

On recommande souvent par affiche à la bienveillance du public les édifices publics et les promenades, mais il est beaucoup plus important de recommander la forêt et les bruyères avec leurs monuments naturels, à la protection du public. Car les créations du constructeur et du jardinier peuvent presque toujours être restaurées ; tandis que la nature originelle une fois détruite est perdue à jamais. De plus, il faudrait toujours de nouveau attirer en classe l'attention des enfants sur la protection des plantes, des oiseaux et des autres animaux rares. Il ne faut pas mener les élèves en excursion aux habitats rares, il ne faut pas non plus les animer à entretenir des herbiers ou des collections d'insectes et d'œufs.

« Les créations du constructeur et du jardinier peuvent presque toujours être restaurées ; tandis que la nature originelle une fois détruite est perdue à jamais. »

Jardin scolaire

Par contre, les villes devraient veiller à ce que les enfants des écoles soignent les fleurs, comme il se fait déjà parfois : par exemple, Breslau paye par an 2 500 marcs pour les pots de fleurs soignées par les écolières. Les villes devraient mettre à la disposition des écoles un terrain propre au jardinage, soit en dehors de la ville, soit dedans, où les élèves ont leurs parterres qu'ils cultivent sous la direction d'un personnage compétent. Cet enseignement pratique éveillera l'amour et la connaissance de la nature et le sens du travail utile. En Allemagne, ce sont les villes de Breslau, de Wiesbaden et autres, qui ont procédé dans ce sens. Il est en plus à désirer que chaque école cultive un jardin scolaire. Il ne s'y agit pas d'un grand jardin botanique, mais d'un petit terrain où l'on trouve surtout les arbres et les autres plantes caractéristiques du pays, avec leurs noms, pour que nos fils arrivent enfin à connaître les arbres et les buissons ordinaires (2). En Suède et en d'autres pays, où l'on travaille plus dans ce sens, il y a des écoles à la campagne qui n'ont pas seulement quelques arbres, mais qui possèdent de petites pépinières. À Breslau, il y a déjà près de vingt écoles communales, à Dresde même, cinquante qui ont de petits jardins. En outre, chaque grande ville a besoin d'un grand jardin botanique central, où l'on puisse prendre les plantes pour l'enseignement en classe et où l'on puisse faire des observations biologiques et autres. D'une manière analogue, on pourrait favoriser l'amour des animaux si on avait soin de procurer aux écoles communales du matériel vivant, servant à l'enseignement intuitif. La ville de Munich a installé dans un grand nombre de ses écoles communales, des pièces spéciales, où l'on n'a pas seulement des escargots, des coquillages, des amphibies, des reptiles et des poissons vivants, mais où vivent aussi des oiseaux et des mammifères.

« Les villes devraient mettre à la disposition des écoles un terrain propre au jardinage [...] où les élèves ont leurs parterres qu'ils cultivent sous la direction d'un personnage compétent. »

Ensuite, il faudrait que les écoles communales arrangent plus souvent des promenades et des excursions instructives, comme il serait à désirer que l'enseignement de géographie, d'histoire naturelle et de dessin se fasse autant que possible en plein air. Quelques villes subventionnent de telles organisations. Karlsruhe dépensa pendant l'année dernière, environ 1 760 marcs pour les excursions scolaires, que l'on faisait dans les contrées remarquables par leur beauté ou par leur histoire. Munich a placé dans son budget, une somme de 10 000 marcs pour favoriser de telles excursions scolaires. Dans le cas où les villes arrangent des cours spéciaux de perfectionnement pour les instituteurs et les professeurs de leurs écoles, il faudrait considérer dans le programme de ces cours et aux excursions, l'idée de la protection de la nature.

Sociétés pour la Nature

Les villes, en général, estiment leur nobile officium, de subventionner les sociétés d'utilité générale, scientifique ou autre. Il est à recommander d'en laisser profiter surtout les sociétés qui encouragent l'amour de la nature et qui incitent à faire des courses, car elles aident plus ou moins à découvrir et à conserver les monuments et les beautés de la nature. Les villes ne devraient jamais oublier que leur intérêt n'existe pas seulement dans l'idée, mais que c'est dans leur intérêt matériel de conserver leur milieu naturel pour rendre leur séjour agréable aux gens du pays et aux touristes.

Aujourd'hui, on trouve des organisations spéciales pour la protection de la nature dans presque tous les pays civilisés. à Berlin, il y a l’Institut Royal pour le Protection des Monuments naturels, dirigé par l'auteur de cet essai. Une conférence a lieu chaque année sur les questions aiguës du soin de monuments de la nature à laquelle prennent part les délégués de toutes les contrées de l'Allemagne et de quelques pays étrangers. En Belgique existe depuis vingt ans, la Société Nationale pour la Protection des Sites et des Monuments, qui a pris pour tâche d'empêcher la destruction des sites.

En outre, on forma il y a deux ans, d'après l'idée de M. J. Massart, professeur de botanique à l'Université de Bruxelles, un Comité pour la Protection de la Nature, qui est très actif. En Hollande, en France, en Angleterre, en Danemark, en Suède, en Suisse et aux États-Unis de l'Amérique, etc., il y a des organisations semblables. Les villes pourraient bien subventionner spécialement ces comités et ces sociétés pour la conservation de la nature.

Pouvoirs des communes

Les communes, exerçant sur leurs terrains la police rurale, forestière et de chasse, peuvent avantageusement protéger la nature et les sites. Il est arrivé qu'on a arrêté par mesure de police des excursionnistes ayant arraché en masse des branches fleuries et qu'on leur a fait payer des amendes. Ensuite, Munich et d'autres villes ont défendu l'herborisation dans leurs territoires, pour éviter de mettre en danger les plantes rares. Il y a, à Vienne, Munich, Nuremberg, Regensburg, etc., des arrêtés qui défendent de vendre aux marchés des plantes sauvages avec racines.

Les villes ont aussi la tâche de veiller à ce qu'on ne donne pas trop souvent la concession de construire des belvédères, des monuments et des hôtels dans leurs forêts et sur leurs montagnes et même qu'on la refuse complètement dans quelques endroits. Entouré en ville d'œuvres d'art, l'homme a le désir de ne pas en trouver sur le haut des montagnes, pour pouvoir s'adonner librement à la contemplation de la nature. Il faudrait ajouter, aux règlements sur les constructions, une prescription d'après laquelle toutes les constructions nouvelles ou les modifications d'un bâtiment devraient être telles que ni l'aspect de la rue, ni le paysage alentour, n'en souffrent. En Suisse, il y a un arrêté interdisant que les murs le long des routes surpassent une certaine hauteur pour que la vue des montagnes soit libre à tout le monde. Il serait à souhaiter qu'on conserve intactes dans nos villes, stations climatériques ou balnéaires, les vues remarquables sur la montagne, sur un lac ou sur la mer et qu'on ne permette pas de les masquer par quelques bâtiments.

« Entouré en ville d'œuvres d'art, l'homme a le désir de ne pas en trouver sur le haut des montagnes, pour pouvoir s'adonner librement à la contemplation de la nature. »

Les panneaux-réclame sont le plus grand danger d'un paysage. Il va sans dire que le grand commerce moderne ne peut pas se passer complètement de la réclame, mais il faudrait en supprimer autant que possible les excès. En France, on a procédé le plus sévèrement en frappant d'une haute taxe les affiches dont il s'agit. En Allemagne, on s'efforce à limiter la réclame par la loi et par des décrets ; cependant on n'est pas encore arrivé à de grands résultats. Il faut remercier quelques grandes maisons de commerce qui, par principe, s'abstiennent de la réclame dans la nature, parce qu'elles la trouvent très laide. Tous les amis de la nature ont le désir légitime que la réclame disparaisse partout de la nature libre. Dans la banlieue des villes, il faudrait donner à la réclame un cadre esthétique pour qu'elle s'adapte autant que possible à l'aspect de la ville.

En somme, il faut remarquer que beaucoup de villes ont déjà reconnu leur tâche de favoriser de toutes leurs forces le mouvement de conserver la nature et ses monuments. Comme au congrès présent, il y en a eu d'autres où l'on faisait des conférences semblables à celle-ci. À l'avenir, on devrait traiter et discuter à tous les congrès des villes et aux assemblées des maires, la question de la protection de la nature et des sites.

Édité avec le concours d’Aude Géant & illustré par Nolwenn Auneau.

Hugo Conwentz, « Les Villes et la Nature », in Premier Congrès international et exposition comparé des villes, organisé sous le haut patronage et avec le concours de la Ville de Gand, à l’occasion de l’exposition universelle, en cette ville, 1913, et sous les auspices de « l’Union des Villes et Communes Belges », Bruxelles, Union internationale des Villes, 1913, pages S.I.1-S.I.10.

Notes

(1) Hugo Conwentz, Die Heimatkunde in der Schule. 2, Vermehrte Auflage. Berlin, 1906.

(2) On devrait cultiver près des écoles de jeunes filles, un potager avec légumes et fleurs, pour que les futures ménagères les voient en nature et apprennent leurs noms.

(3) Les publications périodiques en sont :

Beitrâge zur Naturdenkmalpflege, Vol. 1-3. Berlin 1910-1912. Avec 6 tabelles et 198 figures. Contenant les rapports sur l'administration de l'Institut, les rapports sur les conférences annuelles, des communications sur la protection des monuments naturels dans les autres pays, des monographies sur les réserves, etc.

Naturdenkmâler, Vortrâge und Aufsätze, n°1-4. Berlin 1913. Ces essais traitent les diverses tâches de la protection de la nature de façon populaire, pour répandre l'idée du monument naturel dans tous les cercles. Ils conviennent spécialement aux bibliothèques communales, populaires et scolaires.