Nouvelles de nulle part

Covid #7 | Avec et pour les habitants

Patrick Bouchain | 29/05/2020

Introduction

Le logement est une question si sérieuse qu’on ne peut en exclure les habitants ! Leurs attentes, pratiques et savoir-faire relèvent directement de l’architecture vernaculaire avec laquelle nous devons renouer afin de redonner à la moindre construction une destination sociale, une originalité collective, un sens partagé.

Des logements inadaptés

Ce problème n’est pas nouveau. Il est navrant qu’une crise soit toujours nécessaire pour que les politiques, non pas en prennent connaissance – car certains ont mené des actions pour transformer le logement social – mais pour que le président de la République l’adresse dans un discours : « Je sais que les violences conjugales ont augmenté en raison de la mauvaise qualité du logement social. » Bien que tardif, c’est néanmoins dit.

Il est tout de même agaçant qu’une situation doit être à ce point catastrophique pour qu’on constate que quelque chose ne marche pas ! Alors, redonnons confiance aux habitants, non pas réduit à la simple personne qui réside dans un appartement mais élargi aux habitants de cette Terre.

Les logements sociaux ont été construits sur un modèle simple, unique : celui du couple hétérosexuel actif où le mari est ouvrier, l’épouse, employée ou à la maison, avec deux à quatre voire cinq enfants. Aussi ces logements ont une pièce de vie, le séjour ; une pièce fonctionnelle, la cuisine, destinée à l’épouse ; des pièces d’hygiène, toilettes et salle de bains ; des chambres. Or on s’aperçoit aujourd’hui que ce modèle n’est pas intemporel.

Ceux de la génération babyboom (à laquelle j’appartiens) sont dorénavant âgés et habiteront, j’espère, leur logement social jusqu’à leur mort. Les couples se font et se défont, on ne vit plus toute sa vie avec la même personne, quoique certains n’ont pas les moyens de se séparer et continuent de vivre ensemble. Les enfants restent à la maison qu’ils aient ou non fait des études.

Bref, faire une architecture qui n’a qu’une seule destination est un échec ! Il faut rendre l’architecture ré-ver-si-ble.

Et c’est possible. Les hôpitaux l’ont fait. Des services se sont transformés pour accueillir des patients en réanimation. Ils n’ont pas attendu les directives nationales pour rendre réversible leur architecture apparemment irréversible.

Pourquoi ne pas faire pareil pour le logement ?

Du bon usage de la réversibilité

Rappelons tout d’abord qu’il y a 6 millions de logements sociaux en France et quelque 18 millions de locataires. De plus, de nombreux Français aimeraient y accéder, car le coût mensuel d’un logement a considérablement augmenté sous la pression de la spéculation immobilière. Le logement social n’est ni dépassé ni suranné. C’est peut-être même une chose nécessaire pour la vie future…

Ces logements sociaux existent, il est absurde de les démolir.

Je les considère comme une propriété sociale, dotés d’une histoire positive, parfois érodée. Ils pourraient alors faire l’objet d’une transformation menée par les offices HLM et les habitants, non pas une restructuration massive mais une redéfinition fine comme de la dentelle…

Imaginons quelqu’un qui travaillerait dans son logement social, s’il le fait depuis son ordinateur, aucun problème. Imaginons maintenant qu’il perd son travail et monte une auto-entreprise qu’il domicilie chez lui, impossible, on lui ferait quitter son logement.

On fait grand cas du télétravail mais qu’en est-il des autres travaux, manuels, que l’on pourrait faire à domicile ? Problèmes à nouveau : d’abord la taille du logement ne le permet pas, puis le classement du logement social ne l’autorise pas ! Or les rez-de-chaussée de ces mêmes immeubles de logements sociaux sont inoccupés – des grandes surfaces ont été construites à la périphérie des logements sociaux pour mieux capter leur population, entraînant de fait la fermeture des commerces de rez-de-chaussée prévus. Pourquoi ne pas les affecter à des activités de production et de fabrication ? Par exemple, de masques dont nous manquons présentement.

D’ores et déjà, des gens ont commencé à coudre de manière artisanale, des maires ont transformé des salles de sport en ateliers de production, saisissant ainsi la nécessité de la réversibilité de l’architecture. De la même manière, on pourrait confier des logements vacants à des gens afin qu’ils y travaillent, recréant ainsi cette communauté de travail à proximité du logement et rompant avec cette grande séparation des activités : usine, centre commercial, logement.

Autre exemple, il n’y a pas assez de cités universitaires pour loger le nombre croissant d’étudiants. Pourquoi ne pas les loger dans les rez-de-chaussée inoccupés ou dans les logements vacants de ces immeubles ? Pourquoi donne-t-on aux étudiants une chambre, dans une cité universitaire, encore plus petite que celle qu’ils avaient chez leurs parents ? Pourquoi ne pas rapprocher, aux pieds des immeubles, les jeunes « étudiants » et les jeunes « décrocheurs » ?

C’est la réversibilité qui compte.

Autre exemple, tout le monde découvre la livraison, très commode pour ceux qui en ont les moyens, mais quid des autres et des livreurs eux-mêmes ? Les grandes enseignes vont continuer à vendre sur internet et fermer leurs portes. Après avoir salué les caissières, on va supprimer leur emploi. Les centres commerciaux, par ailleurs construits sur des zones écologiques, vont fermer et les friches commerciales vont se multiplier. Il faut les rendre réversibles ! Malgré mon opposition aux centres commerciaux, ils existent. Néanmoins, on pourrait avoir avec la puissance publique une action pour ne pas laisser s’appauvrir ces centres abandonnés en y introduisant des lieux de vie : écoles, maisons de retraite, etc. Pourquoi ne pas les rapprocher ? Il faut arrêter de mettre les écoliers ici et les vieux là, les consommateurs par ici et les travailleurs par là…

Après le coronavirus, il va y avoir un chômage massif et un autre confinement bien pire que le confinement général…

Imaginons une femme ou un homme qui a perdu son emploi, elle ou il sera confiné dans son logement par nécessité économique. C’est ce confinement-là qui m’intéresse, le confinement à venir pour les gens modestes qui devront rester dans un logement.

Après avoir exposé les violences conjugales, rien ne sera fait pour le logement social.

10 milliards d’euros ont été consacrés à la seconde opération ANRU. Ces milliards ont été dépensés tech-no-cra-ti-que-ment ! Or on ne peut pas faire une architecture réglementaire et technocratique. Un autre modèle doit être choisi. On ne peut pas démolir des logements au prétexte que la densité est dangereuse sur le plan social ! En réalité, il s’agit de diffuser la pauvreté afin de la rendre invisible…

La forme de l’architecture n’est pas responsable. Changer la forme est inutile tant qu’il n’y a pas d’usage libre !

La première qualité d’une architecture c’est la surface et le volume ; la deuxième qualité, c’est la lumière ; la troisième, l’acoustique ; et ce qui fait la beauté de l’architecture, c’est l’harmonie des gens qui l’habitent, alors seulement l’architecture prend forme.

L’harmonie, c’est le bonheur d’y habiter.

Un exemple : les artistes ont, à un moment, compris que les lieux qu’on leur donnait ne leur correspondaient pas, ils ont alors occupé des usines abandonnées, les ont transformées en squats et en lofts, tant et si bien qu’aujourd’hui on considère que ces lieux sont plus habitables que ceux destinés aux artistes. Pourquoi ne fait-on pas cela pour les gens modestes ?

Les gens privilégiés et les artistes ne sont pas les seuls à avoir des idées sur l’habitat !

Ceux qui habitent les logements sociaux sont aussi ceux qui construisent nos logements. Ceux qui habitent les logements sociaux, sont ceux qui viennent de pays où nous allons en vacances en quête justement d’un autre art de vivre et de construire, en terre, en paille, en bois… Cette frugalité nous ravit et pourtant, à notre retour, on méprise les gens de là-bas venus ici : les travailleurs du bâtiment. On ne sollicite jamais leurs savoir-faire ancestraux, on se contente de leur faire effectuer des actions ridicules qui ne répondent ni à leurs connaissances ni au bonheur des gens qui vont habiter cette architecture.

L’harmonie fait la forme de l’architecture. Il ne faut pas de destination. Il y a seulement des volumes habitables et réversibles, des activités nécessaires et imprévues.

Imaginons que vous vous mariez, qu’est-ce qui nous dit que vous ne divorcerez pas ? Alors vous aurez peut-être besoin dans un premier temps d’une chambre supplémentaire ou de prendre un peu distance vis-à-vis des enfants pour pouvoir discuter.

Imaginons un enfant « décrocheur » : peut-être ira-t-il habiter un temps chez son oncle ou sa tante car il a besoin d’un tiers et donc d’aller chez quelqu’un d’autre. 

Pendant le confinement, je me suis rendu dans les cités où l’on disait qu’il n’était pas respecté. J’y ai été témoin d’une réappropriation des espaces publics aux pieds des immeubles : ces dehors sont le prolongement de dedans. Un logement ne peut pas seulement être fermé. Nous, les bourgeois, nous avons des dehors, des résidences secondaires. J’étais scandalisé d’entendre certains déclarer : « Le confinement, c’est formidable ! Maintenant j’entends les petits oiseaux, j’ouvre mes volets, je vais acheter moi-même mon pain à pied… »

Villes et campagnes

Il y a ville et ville. Très souvent, on associe ville à capitale ou grande métropole. Les emplois et les loisirs qu’elle propose ont longtemps attiré la population. Mais au-delà d’une certaine taille, il n’est pas certain qu’on y trouve ce qu’on pensait y trouver ! N’oublions pas que la grande ville, c’est aussi la grande pauvreté…

L’homme a tendance à fuir lorsqu’il est confronté à une difficulté ou quand on veut trop organiser sa vie. Alors, certains, ceux qui en ont les moyens ont fui à la campagne dans leur résidence secondaire. Ils découvrent alors des villages de grande qualité, malheureusement complètement détruits par les zones commerciales implantées à leur périphérie, au détriment des boutiques du centre-ville.

Travaillant sur ces villes, je me dis que c’est peut-être là, dans la proximité, que l’on trouve la qualité de vie que l’on cherche.

Alors la France oubliée, celle de l’intérieur ne serait-elle pas la France habitable ?

L’État donne donc 10 milliards à l’ANRU et s’apprête à en donner 5 à Renault pour supprimer des emplois dans ces villes de la France oubliée, des endroits où il n’y a pas d’autres activités que Renault.

Je ne suis pas certain que tout le monde désire vivre dans une maison avec jardin, clôture, piscine et tondeuse à gazon. Il y a eu un mouvement artificiel en ce sens. En donnant une image inquiétante des logements sociaux collectifs, on a effrayé une classe moyenne qui est partie vers la périphérie, vers la maison individuelle au détriment de ces logements. Or ces maisons sont si mal construites qu’une fois retraité, on se retrouve avec des réparations à faire et loin de tout, et donc obligé de dépenser argent et énergie fossile pour les réparer, les chauffer et se déplacer. Ces maisons ne se vendent pas. Imaginons que Renault ferme à Sandouville : qui voudra acheter les maisons de la commune ?

Je travaille en ce moment sur 7 échelles de territoire (La preuve par sept) en considérant qu’un modèle unique est inapplicable. Ainsi on cherche des échelles où on peut influencer ou tout du moins nier le modèle.

Un exemple : construire des logements sociaux dans un village de 50 habitants, c’est conforme à la loi et même réclamé par la loi (20 % de logements sociaux par commune), mais c’est impossible car aucun office HLM ne construit deux logements. Un office HLM grossi ou concentré n’est pas plus performant comme le gouvernement veut nous le faire croire. S’il faut le grossir ici, il faut peut-être le réduire là. Les offices HLM sont très divers. Certains HLM de petites tailles et avec peu de moyens exécutent un travail formidable sur le plan social en milieu rural. Ils doivent rester petits. Des opérations nécessitent aussi les compétences de gros HLM. Il faut les maintenir.

Pérignat-sur-Allier

Nous travaillons dans un bourg, Pérignat-sur-Allier, dans la grande couronne de Clermont-Ferrand, là où la grande pauvreté a tendance à se réfugier lorsque même les logements sociaux en banlieue deviennent inaccessibles.

Dans cette grande couronne, il y a un habitat ancien, parfois abandonné, qui n’est pas conforme aux normes du logement social ou handicapé. Jean-Pierre Buche, agriculteur et maire de Pérignat-sur-Allier, achète les maisons abandonnées de son village, les relève et les donne non en logement normé mais en volume capable…

Un volume capable désigne le clos et le couvert, des murs et un toit. L’intérieur de ce volume doit être capable de s’adapter à la personne qui va l’habiter. Plus que sa modularité, c’est son caractère auto-constructible qui est intéressant.

Pensons que dans un logement social à l’inverse d’un logement privé, on ne peut pas adapter son logement à l’évolution de sa vie : vieillissement, handicap… Dans le logement social, on refera toutes les salles de bains le même jour, dans la même opération. Il ne s’agit pas de dire que chaque personne a le droit de faire ce qui lui plaît.

Une architecture de qualité est une architecture qui garde une trace de ses habitants.

Récupérons les maisons en ruine et, plutôt que de les raser et reconstruire, relevons-les ! C’est ce que j’appellerai un « vernaculaire contemporain ». « Vernaculaire » veut dire construit avec les moyens locaux, et « contemporain » parce qu’adapté à la vie d’aujourd’hui. Un village ancien ne doit pas être relevé dans son état d’origine. La ferme d’alors n’est plus une ferme aujourd’hui.

L’architecture doit être réversible, et ce avec l’habitant, car il est le meilleur porteur du signe, du sens, de l’époque dans laquelle il vit.

Le maire de Pérignat-sur-Allier, qui vient d’être réélu, aborde son village et l’architecture comme le ferait  un agriculteur : avec peu de moyens et sans intermédiaire, il expérimente, il met l’architecture devant la réalité. Pour toucher une population très pauvre, il a eu l’idée de chercher ses futurs locataires sur le Bon Coin : « Ma commune a des volumes capables qui permettent à des gens de venir habiter chez nous, avec nous, et qui transforment une ancienne architecture en architecture contemporaine. » Voilà le travail qu’un maire sait faire.

Rappelons tout de même que 30 000 maires ont été réélus dès le premier tour – preuve de confiance – essentiellement dans les petites communes. Et pourtant ce sont ces communes que l’on aimerait supprimer pour faire des économies d’échelle ! La France, nous dit-on, compte autant de communes que tous les autres pays d’Europe réunis. Tant mieux ! C’est une chance ! Nous bénéficions de ces petites structures démocratiques élues.

L’emphytéose

Contre la pression foncière, achetons les terres et gelons-les par bail emphytéotique !

L’emphytéose existe depuis le droit romain, cela signifie que le premier est propriétaire d’un terrain et donne au second l’usage de celui-ci sur lequel le second peut construire quelque chose qui reviendra au premier à la fin du bail.

Les baux emphytéotiques durent au moins 35 ans, en général 45 ans pour les logements sociaux (c’est le temps de remboursement de l’emprunt), et très souvent 99 ans. La moitié de Londres est en bail emphytéotique, ce n’est pas un truc de gauchiste, c’est une réalité.

On peut donc être propriétaire d’un bien posé sur le sol sans être propriétaire du sol sur lequel il est posé.

Ainsi, comme c’est le sol qui coûte cher, les collectivités pourraient acheter les sols dont elles resteraient propriétaires, dont elles auraient la maîtrise et permettraient la construction de biens d’intérêt général ou commun dessus. On pourrait donc avoir des foncières solidaires avec de l’argent privé et/ou public. Le prix du foncier ne serait plus un obstacle à la réalisation de projets.

Bagneux

Je fais une opération à Bagneux, en banlieue parisienne, avec le Plus Petit Cirque du Monde. L’armée y vend un terrain, Marie-Hélène Amiable, la maire, a proposé et obtenu une clause afin que le promoteur acheteur fournisse le terrain nécessaire à la construction d’un lycée d’enseignement général que la commune attend depuis 50 ans. Cela bénéficie à tout le monde, aux habitants actuels et aux futurs habitants des logements construits par le promoteur. Ce lycée ne sera ouvert que dans 5 ans, alors on a décidé de l’ouvrir dès la rentrée sous le nom « le lycée avant le lycée »…

Comme il n’est pas encore construit, qu’on a un terrain vierge, on a aucune règle à respecter. On va donc dessiner le lycée avec les enfants, les futurs lycéens et les anciens lycéens. On va dessiner sur le sol ce qui pourrait être un espace de lycée.

L’absurde « distanciation sociale »

Qu’est-ce que cette distanciation sociale ? C’est une honte d’avoir inventer ce terme !

La distance vis-à-vis de l’autre, c’est le respect de l’autre. Comme on ne parvient pas à obtenir une cohésion sociale, on a créé la distanciation sociale. Reprenons de la distance, regardons-nous, cela ne sert à rien de serrer des mains inconnues, de prendre dans ses bras des gens qui ne sont pas des amis, ou d’embrasser des gens qu’on n’aime pas… Malgré la Covid, il me semble que si on connaît son partenaire, on pourrait se toucher, s’embrasser…

La rentrée scolaire aurait pu être un grand exercice d’éducation : qu’est-ce que cette distanciation culturelle – et non pas sociale ? Un exercice qui permettrait de mieux se voir, de mieux se respecter, y compris que les enseignants respectent leurs élèves et les élèves leurs enseignants. Cela pourrait faire l’objet d’un cours à la rentrée : qu’est-ce que c’est la position du corps ? Car le corps est essentiel pour bien le comprendre. Cela peut être un cours de danse, de chant, de gymnastique, un cours de maintien, d’hygiène (comme dans l’école de Jules Ferry)…

D’ailleurs, qu’est-ce que cette histoire de gel hydroalcoolique ? Depuis quand introduit-on de l’alcool dans les écoles ? Qu’est-il arrivé au savon, le meilleur désinfectant ?

Les chirurgiens, avant d’opérer, se lavent les mains avec du savon dans une gestuelle magnifique. On aurait donc pu privilégier le savon… Non, c’est plus facile d’acheter du gel à un grand laboratoire chimique !

Boulogne-sur-Mer

J’ai travaillé sur le logement social à Boulogne-sur-Mer où je ne comprenais pas qu’on démolisse des maisons en logement social sous prétexte qu’elles n’étaient plus aux normes.

On avait regroupé dans ces maisons les cas sociaux les plus difficiles afin de les isoler et d’éviter qu’ils « contaminent » les autres logements sociaux. Le maire de Boulogne, Frédéric Cuvilliers, m’a demandé : « Y a-t-il une solution à cela ? » Je lui ai proposé de transformer ces 60 maisons afin de les rendre habitables pour le prix de leur démolition, soit 40 000 euros par maison. Pendant trois ans, nous avons avec les habitants reconstruits socialement leurs maisons avec le budget de la démolition. Même avec peu de moyens, on parvient tout de même à faire des choses.

Imaginons alors qu’on bénéficie des moyens qu’on va donner aux entreprises pour combler leur trésorerie alors qu’elles vont licencier. Pourquoi ne pas donner ces moyens aux logements sociaux, étant donné que le grand drame de cette crise va être le chômage ? Après avoir mis les vieux de côté – tout en donnant de l’argent aux groupes privés qui possèdent des EHPAD et non aux aides-soignants –, on va mettre de côté une autre partie de la population, celle en trop, celle qui ni ne livre ni ne tient les caisses ni télétravaille, celle qui va être confinée de fait dans son logement avec le RSA…

À la radio, j’ai entendu une infirmière alors en grève interpeller le président de la République sur le manque de moyens, il lui avait répondu que l’argent ne se trouvait pas comme cela, par magie. Que pense cette infirmière aujourd’hui quand des dizaines, des centaines voire des milliers de milliards d’euros ont été trouvés comme par magie ?

Propos oraux transcrits par Martin Paquot avec l'accord de Patrick Bouchain.

À lire

Patrick Bouchain (dir.), Pas de toit sans toi. Réinventer l’habitat social, Actes Sud, 2016.